SCÉNARIOS / Toutes les pièces de Kagame (Rwanda) dans le risque de l’Afrique

L’armée rwandaise, déjà engagée en République centrafricaine et au Soudan du Sud, est devenue un atout important pour élargir la sphère d’influence politique de Kigali. Le président Paul Kagame s’appuie sur une structure tournée vers les opérations extérieures et les alliés hors d’Afrique. Le chef de cabinet rwandais Jean – Bosco Kazura rencontre régulièrement ses homologues africains mais aussi les ministres du gouvernement. À la mi-novembre, par exemple, il a reçu le gen. Célestin Mbala de la République démocratique du Congo suite à une attaque par d’anciens combattants du mouvement rebelle M23 au Nord-Kivu. Fin octobre, il s’est rendu à Bamako (Mali) où il a rencontré le chef de l’armée malienne Oumar Diarra et le ministre de la Défense Sadio Camara. Il a proposé une coopération bilatérale axée sur la lutte contre le terrorisme, alors que Bamako tente de combler le vide laissé depuis le retrait de la France.

En tant qu’architecte de la diplomatie militaire rwandaise, le gén. Kazura cherche à vendre ses services militaires sur le continent, notamment grâce au récent succès de ses troupes au Mozambique. En août, l’arrivée des Forces de défense rwandaises (FDR) à Cabo Delgado, en dehors de tout accord régional, a été largement critiquée, notamment par la Communauté de développement de l’Afrique australe (Sadc), qui avait à l’époque la mission de la SADC au Mozambique (Samim ) envisage d’envoyer son propre contingent.

Le président mozambicain Filipe Nyusi avait invité les troupes rwandaises à la suite de plusieurs rencontres bilatérales avec son homologue Paul Kagame. Les premières avancées des soldats rwandais contre les insurgés djihadistes ont finalement valu à Kigali les éloges de l’Afrique australe. Les premières attaques menées par ce contingent de milliers de personnes ont été plus efficaces que les efforts de leurs prédécesseurs au Mozambique, à savoir le groupe de sécurité russe Wagner.

L’entente cordiale entre la SADC et les forces rwandaises, il s’est intensifié à la suite des réunions du gén. Kazura avec des hauts fonctionnaires de la région, en particulier ceux de Tanzanie, du Zimbabwe et du Malawi, qui contribuent tous à Samim.

Nommé chef d’état-major de l’armée en juin, le général Moubarakh Muganga est l’orchestrateur de l’intervention rwandaise à Cabo Delgado, où il s’est rendu en septembre.

Muganga a personnellement suivi l’intervention de Kigali en République centrafricaine, où la mission de maintien de la paix de l’ONU Minusca comprend des troupes rwandaises et où 500 forces spéciales rwandaises ont été déployées en décembre 2020 dans le cadre d’un accord bilatéral entre Bangui et Kigali pour renforcer la sécurité lors des élections présidentielles.

Muganga commande à distance les opérations centrafricaines pour le moment, par l’intermédiaire du commandant du contingent Patrick Gasana Rugomba, un vétéran des forces de Kigali au Soudan du Sud. Rugomba y a travaillé aux côtés de l’actuel commandant du contingent rwandais de la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (Unmiss). Au Mozambique, les troupes rwandaises sont dirigées par le général. Innocent Kabandana, ancien chef de l’Académie militaire de Gako, qui a également commandé les Forces d’opérations spéciales à Kigali jusqu’en 2019.

Si les opérations du Rwanda en République centrafricaine et au Soudan du Sud sont financées par l’ONU, ce n’est pas le cas du contingent au Mozambique, dont le financement reste flou. Selon Kagame, cette opération de grande envergure est réalisée exclusivement avec des fonds rwandais.

Cependant, le Rwanda pourrait bientôt recevoir une aide de l’Union européenne. Négocié par les ambassadeurs du Rwanda à Bruxelles et Paris Dieudonné Sebashongore et François-Xavier Ngarambe, ce prêt de plusieurs millions de dollars, destiné aux opérations de maintien de la paix, sera assuré par la Facilité européenne pour la paix (EPF) créée en mars dernier par le Conseil européen.

Kagame choisit avec soin les attachés militaires qu’il envoie à ses partenaires industriels, comme le colonel Raoul Bazatoha, en poste à Washington. Ancien conseiller militaire de la mission rwandaise auprès de l’ONU à New York, il est l’un des principaux juristes des RDF.

Le représentant du Rwanda à Moscou, Frank Mushyo Kamanzi, a également une expérience militaire étrangère. L’ambassadeur, qui est également un général des RDF, a commandé la MINUSS jusqu’en 2019. En Chine, le colonel John Karangwa a été attaché militaire pendant quatre ans, aux côtés de l’ambassadeur James Kimonyo, diplomate de carrière. A Kigali, Karangwa était directeur adjoint du département de contre-espionnage du renseignement militaire. Le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan, qui œuvre pour que les entreprises militaires turques dominent la région des Grands Lacs, n’est pas en reste. L’attaché militaire envoyé par Kagame à Ankara en mai n’est autre que l’ancien chef d’état-major de la Rwanda Air Force (RAF), Joseph Demali.

Les achats militaires du Rwanda sont centralisés à Kigali au sein du département logistique des RDF. Cette unité opaque est dirigée par Joint Staff 4 (J4), le col peu connu. Adolphe Simbizi. Contrairement à Kazura et Muganga, Simbizi est l’ancien directeur des affaires administratives et juridiques du ministère de la Défense.

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Campion Roussel

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